Comment j’ai guéri de ma schizophrénie

Je me souviens bien quand on m’a annoncé que j’étais schizophrène.

Ça faisait bien deux semaines que j’étais enfermé, la deuxième fois. Comme ils étaient vachement premier degré, ils me ressortaient tout ce que je leur disais pour me moquer comme si que j’y croyais pour de vrai. Au bout d’un moment, j’avais cessé d’essayer de communiquer.

Enfin bref, le psychiatre était pas optimiste optimiste. Je crois qu’il se rendait bien compte quelque part que sa thérapeutique au démonte-pneu était pas tout à fait bénéfique. Enfin, je l’espère. Il avait quand même pas fait des études de saltimbanque comme moi. Et puis il les avait réussies, lui.

Il reçoit donc mes parents, et mon père, qui était déjà bien content que la science reconnaisse que ma vie de bâton de chaise avait quelque chose de pathologique, voulut un petit mot de plus pour se rassurer encore un peu.

« Mais qu’est-ce qu’il a? », il a demandé.

« Schizophrénie » lui a répondu l’autre.

Bon je parlais pas beaucoup, mais j’étais là quand même, alors c’est comme ça que j’ai appris (qu’il fallait avoir une situation pour réussir à communiquer avec ces gens-là).

J’ai donc demandé à reprendre des études, genre c’est ce que je voyais comme possibilité pour avoir une situation. « Ouh la, me suis-je entendu répondre, vous n’y pensez pas, avec votre QI de schizophrène, faut faire peintre en bâtiment ou quelque chose comme ça. »

Je suis un peu vaniteux, ça m’a vexé. Alors j’ai fait le dos rond.

Et puis j’ai repris mes études. Quand même.

C’était un peu pénible, parce qu’avec les doses de neuroleptique éléphantesques qu’on me foutait, j’avais du mal à me concentrer. En cours ça allait, je me mettais en  mode compréhension minimale, et je notais le plus vite possible tout ce que le prof disait. Je cherchais pas à penser. On était tous assis là, on pouvait pas bouger, bien en rang, j’arrivais à peu près à pas papillonner.

Le problème c’était chez moi. Quand il y avait pas de structure pour me contenir. J’avais des impatiences, je perdais le fil. J’étais obligé de travailler par tranche de dix minutes. Pour relire un cours, ça me prenait une après-midi. Dix minutes, clope verre d’eau, petit tour dans l’appartement et hop re tranche de dix minutes.

Mais bon, il fallait ce qu’il fallait, et j’aurais un petit diplôme au bout, peut-être, tranquille.

Donc j’arrive aux examens. Et là je me dis, bon, là tu as plus vraiment les moyens d’essayer d’être intelligent, tu penses à deux à l’heure, les liens se font plus dans ta tête, tes intuitions sont inhibées, alors tu recraches le cours et basta.

Avant, quand je pensais, je me tapais des 12 difficilement. Ce coup-ci ça a été des explosions de 17, des 18 et des 19. J’ai halluciné. C’était trop facile en fait, il suffisait d’abandonner toute réflexion personnelle. Je m’étais toujours trompé: je croyais qu’il fallait être intelligent, et en fait pas du tout.

C’est là qu’ils ont commencé à me baisser les médicaments. La fac, c’était de plus en plus facile. La maîtrise, je leur ai torché le mémoire en deux semaines de boulot à genre 4-5 heures par jour, et paf 17!

Depuis, quand je leur demande ce que j’ai (faut le faire régulièrement, c’est peut-être incurable mais en fait ça peut varier), ils sont plus timides. Ils disent « oui, euh, trouble psychotique, on sait pas trop, ça veut pas dire grand chose vous savez ».

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3 commentaires pour Comment j’ai guéri de ma schizophrénie

  1. Fluorette dit :

    Merci de rappeler que mettre les gens dans les cases, c’est pas une bonne idée.

    • Dr Ivana Fulli MD dit :

      Cela dépend car, ce qui est dangereux c’est de recevoir le mauvais diagnostic, pas d’en recevoir un.
      (recevoir un pronostic erroné pour un diagnostic juste est aussi très pénible)
      Par exemple, le diagnostic de psychose due à la syphilis, en le faisant on peut guérir la maladie psychiatrique, éviter des complications neurologiques de la syphilis et éviter au patient de contaminer les autres sans le savoir-ou même en le sachant d’ailleurs).

      Idem pour le diagnostic d’accès psychotique provoqué par un médicament comme la Mefloquine (antipaludique susceptible de provoquer accès psychotique et amnésie brutale d’après les gens compétents), c’est très utile

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